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Enquête · Grands Lacs

Tutsi et Banyamulenge en RDC : une persécution vieille de soixante ans

De la rébellion Simba au massacre de Gatumba, jusqu'à la destruction des hauts plateaux du Sud-Kivu depuis 2017 : six décennies de persécution documentée, mais jamais jugée.

Enquête

Depuis l'indépendance du Congo, en 1960, les Tutsi et les Banyamulenge de l'Est du pays traversent des cycles répétés d'exclusion légale, de massacres et de déplacements forcés. Cette enquête reconstitue, à partir des rapports des Nations unies, de Human Rights Watch, d'Amnesty International, d'un câble confidentiel du consulat américain à Bukavu daté d'octobre 1965 et d'un mémorandum adressé au maréchal Mobutu en 1995 (deux documents primaires consultés pour cette enquête), six décennies d'une persécution documentée mais jamais jugée : de la rébellion Simba au massacre de Gatumba, dont la communauté commémore cette semaine le vingt-deuxième anniversaire, jusqu'à la destruction des hauts plateaux du Sud-Kivu depuis 2017.

Cette enquête s'appuie sur les rapports conjoints des Nations unies (ONUB, MONUC, HCDH), les archives de Human Rights Watch et d'Amnesty International, les publications du Pole Institute et de ReliefWeb, plusieurs médias régionaux (Grioo, Mashariki RDC, RNA News, SOS Médias Burundi) et deux documents primaires : un câble confidentiel du consulat américain à Bukavu daté du 29 octobre 1965, et le mémorandum adressé au maréchal Mobutu le 10 juillet 1995 par quarante notables tutsi et banyamulenge de Kinshasa, avec copie au secrétaire général de l'ONU. La liste complète des sources figure en fin d'article.

Repères clés

  • 1965 : un « mini-génocide » vise les populations rwandophones du Kivu

  • 1994 : plus de 200 000 ex-FAR et Interahamwe trouvent refuge au Zaïre après le génocide des Tutsi au Rwanda

  • 1997 : deux attaques au camp de réfugiés de Mudende, au Rwanda, font plusieurs centaines de morts, jusqu'à 1 641 selon des survivants

  • 2004 : 152 morts, 106 blessés et 8 disparus lors du massacre de Gatumba, au Burundi

  • Depuis 2017 : plus de 85 % des villages banyamulenge des hauts plateaux du Sud-Kivu détruits ou abandonnés

Dans la nuit du 13 au 14 août 2004, des hommes armés encerclent le centre de transit de Gatumba, au Burundi, à quelques centaines de mètres de la frontière congolaise. Le camp, placé sous l'assistance du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), abrite des familles banyamulenge qui ont fui, quelques semaines plus tôt, les combats de Bukavu. En quelques heures, 152 d'entre elles, pour l'essentiel des femmes et des enfants, sont tuées, beaucoup brûlées vives. Vingt-deux ans plus tard, en ce mois d'août 2026, la communauté commémore une nouvelle fois cette nuit-là. Aucun des mandats d'arrêt émis contre les responsables présumés n'a jamais été exécuté.

Gatumba n'est ni le premier ni le dernier épisode de ce type. C'est l'un des mieux documentés d'une histoire qui commence dès l'indépendance du Congo, en 1960, et qui n'est, à ce jour, toujours pas terminée. D'après les rapports des Nations unies, de Human Rights Watch et d'Amnesty International, ainsi que du mémorandum de 1995 consulté pour cette enquête, on peut retracer, depuis six décennies, la répétition presque mécanique du même scénario : un climat d'exclusion légale ou politique, des massacres, des alertes adressées aux autorités ; puis, presque toujours, l'impunité.

Partie IUne exclusion qui s'installe (1960-1994)

Les Banyamulenge forment une communauté de pasteurs d'origine tutsi installée depuis plusieurs siècles, selon les récits, dans les hauts plateaux du Sud-Kivu (territoires de Fizi, Uvira et Mwenga, autour de Minembwe). Ils partagent la langue kinyarwanda et des traits culturels avec d'autres populations tutsi et banyarwanda de l'Est du Congo. Depuis l'indépendance du pays en 1960, cette communauté, comme d'autres groupes tutsi congolais, notamment au Nord-Kivu, connaît une succession de crises, d'exclusions et de massacres.

Vue panoramique des hauts plateaux de Minembwe, dans le Sud-Kivu, collines cultivées en terrasses
Les hauts plateaux de Minembwe (Sud-Kivu), berceau historique de la communauté banyamulenge.

Les années 1960 : les prémices de la violence

Dans les années 1960, pendant la rébellion Simba (1963-1965), des violences ethniques touchent déjà les populations tutsi congolaises. À Bukavu et dans ses environs, après l'échec d'une attaque rebelle, les forces gouvernementales procèdent à des exécutions sommaires qui visent en particulier les Tutsi, accusés de sympathies pro-rebelles. Dans la chefferie de Bashali, au Nord-Kivu, des Banyarwanda sont arrêtés, torturés puis jetés dans le lac Vert. Un câble confidentiel du consulat américain à Bukavu, daté du 29 octobre 1965, documente pour sa part des violences à Masisi ayant fait au moins 200 morts. Il attribue cette violence à des frictions entre Banyarwanda et Bahunde, les Banyarwanda étant qualifiés de réfugiés alors qu'ils sont des citoyens congolais ; le gouvernement provincial nande, note le câble, cherche précisément à les présenter comme des réfugiés plutôt que comme des citoyens congolais. Le document avertit déjà qu'une répression accrue à leur égard pourrait déboucher sur une situation explosive. Certains auteurs et responsables politiques parlent d'un « mini-génocide » de 1965, destiné à déposséder les populations rwandophones de leurs droits, des événements qui laissent des traces durables dans la mémoire collective.

1970-1980 : l'exclusion par la loi

Les années 1970 et 1980 sont marquées moins par des massacres de masse que par une exclusion progressive, inscrite dans la loi. La loi n° 72-002 du 5 janvier 1972 accorde d'abord la nationalité congolaise collective aux populations originaires du Ruanda-Urundi établies avant l'indépendance. Le 26 mai 1981, devant le Comité central du Mouvement populaire de la révolution, le maréchal Mobutu proclame lui-même l'urgence de savoir « qui au Zaïre est Zaïrois et qui ne l'est pas » ; un mois plus tard, la loi n° 81-002 du 29 juin 1981 revient sur le texte de 1972 et subordonne désormais la nationalité à la preuve d'une ascendance établie dans les frontières fixées en 1885. Beaucoup de Banyamulenge et de Banyarwanda se retrouvent dans une insécurité juridique permanente, traités tantôt comme Congolais, tantôt comme étrangers. Cette incertitude alimente les tensions foncières et politiques dans le Kivu.

Les années 1990 : un tournant dramatique

La décennie 1990 marque un tournant dramatique. Dès 1991-1992, la Conférence nationale souveraine, chargée de refonder les institutions du pays, remet en cause la nationalité des délégués tutsi et banyamulenge, qui se retrouvent de fait marginalisés dans ses travaux. En 1993, dans le Nord-Kivu, des affrontements ethniques entre communautés hunde, nyanga et banyarwanda, dans le cadre du conflit dit « guerre du MAGRIVI », font, selon certaines estimations, entre 15 000 et 20 000 morts.

Localités touchées en 1993, par territoire : Masisi – Rwankuba, Bugabo, Mushubangabo, Kinyangutu, Kyamarambo, Kaniro, Masisi-Centre, Buramo, Buguri, Gatoyi, Mahanga, Ntango, Gahongore, Kajagari, Kanyatsi, Nyakariba, Nyamitabo, Gihuma, Gisuma, Kivuye, Mpati, Bibwe, Ronga, Machumbi, Muheto, Busihe, Gahanga, Mukengwa, Rwashi, Rushinga, Gichanga, Burungu, Bukombo, Mweso, Nyabiondo, Misego, Miandja. Bwito (Rutshuru) – Bwuma (début juillet 1992), Kibirizi, Kojo, Birambizo, Gasesero, Nganga, Kabingo, Kabizo, Tongo, Rusinga, Kanyabayonga, Gashuga, Kalembe, Nyanzale, Gikuku, Singa, Gihondo, Bambo, Birundule, Mirangi, Ihula, Gatsiro, Gishishe, Gatolo, Kibingu, Kirima, Musayi, Munguli, Lushowa, Bulindi. Lubero – Miriki, Luofu, Kayna, Kateku, Bukumbirwa, Pitakongo. Kalehe – Numbi, Ngungu, Shanje, Ziraro. Walikale – Ntoto (marché, départ le 20 mars), Minzenze, Nsanganano, Mera, Malemo.

Des milliers de Banyarwanda sont tués ou chassés de leurs terres, et ces violences préparent le terrain à une radicalisation croissante. En 1994, après le génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, plus de deux millions de Hutu rwandais fuient vers le Zaïre voisin, dont plus de deux cent mille ex-FAR et Interahamwe, les milices rwandaises responsables de ce génocide. Arrivés au Zaïre, ils massacrent les Tutsi congolais au Nord-Kivu (Masisi, Rutshuru, Lubero, Walikale, Kalehe, Nyiragongo et Goma) : des massacres qui, selon les rapports de plusieurs organisations internationales, sont à l'origine de l'exil des Tutsi congolais au Rwanda, en Ouganda, en Tanzanie, au Burundi, en Europe, aux États-Unis et au Canada.

Six décennies, un même schéma Le crime documenté n'y a jamais impliqué le crime jugé 2026 1960 1965 « mini-génocide » du Kivu 1993–96 Guerre du MAGRIVI et pogroms 1997 Mudende I & II 1 641 victimes 2004 Massacre de Gatumba 2017–2026 Destruction des hauts plateaux Justice jamais atteinte Documenté par l'ONU, HRW ou Amnesty International — aucune poursuite judiciaire n'a abouti à ce jour

Frise Tuzafrika · six décennies de persécution documentée, aucune poursuite judiciaire aboutie

Partie II1995, l'alerte ignorée

En avril 1995, la publication du rapport de la Commission VANGU, au Haut Conseil de la République - Parlement de transition, marque une étape décisive : ce texte recommande que les Hutu, Tutsi et Banyamulenge du Kivu soient considérés comme des étrangers (rwandais ou burundais) quelle que soit l'époque de leur installation, et donc reconduits à la frontière faute de naturalisation individuelle. Le rapport va jusqu'à accuser les Tutsi d'un projet séparatiste secret, une alliance Bujumbura-Kigali visant à créer un « Tutsiland » regroupant le Rwanda, le Burundi, une partie de l'Ouganda et les deux Kivu.

Le 10 juillet 1995, quarante notables tutsi et banyamulenge de Kinshasa adressent un mémorandum au maréchal Mobutu, avec copie au secrétaire général de l'ONU, pour dénoncer ce rapport comme une incitation à la haine et à la violence ethnique. Ils rappellent que la présence de leurs communautés au Kivu est attestée par des documents coloniaux dès 1911, et que le programme belge d'immigration organisé entre 1937 et 1954, la Mission d'immigration banyarwanda, avait conféré la pleine nationalité congolaise aux familles transférées, dotées dès 1940 d'une chefferie propre à Gishari.

Les signataires retournent aussi contre ses auteurs les propres mots de Mobutu : reçu en audience à Goma en août 1993, le maréchal avait comparé l'accès à la nationalité zaïroise à un « baptême général » (quiconque a franchi les portes de la paroisse avant leur fermeture est baptisé, quelle que soit l'heure de son arrivée) pour expliquer que l'indépendance, proclamée le 30 juin 1960, avait fait accéder tous les Zaïrois à la même nationalité, en même temps et dans les mêmes conditions. Ils citent aussi le cas du conseiller de la République Rwakabuba Shinga, élu dès les toutes premières élections organisées pour les Congolais en 1959 et siégeant sans discontinuer depuis dans les instances parlementaires du pays : sa nationalité, jamais mise en cause jusque-là, l'est brusquement par de jeunes membres de la Commission VANGU, dont certains, selon le mémorandum, étaient à peine nés lorsqu'il siégeait déjà.

Le mémorandum alerte aussi sur des violences déjà en cours : selon ses auteurs, des éléments armés des ex-FAR et de la milice rwandaise Interahamwe circulent librement au Kivu, avec la passivité ou la complicité des autorités locales, et s'en prennent directement aux Tutsi. Ils citent le cas d'un notable tutsi, Nyangezi, massacré début mai 1995 près de Rumangabo, dans le groupement Gisigari, et dénoncent l'extermination du cheptel des éleveurs tutsi du Nord-Kivu, attribuée à la fois aux réfugiés hutu extrémistes et à des éléments de l'armée zaïroise elle-même, une situation qui pousse déjà une partie de la communauté à chercher refuge au Rwanda.

Leur alerte reste sans suite. Quatorze mois plus tard, en septembre 1996, les pogroms d'Uvira et de Bukavu déclarent précisément les Banyamulenge « non-citoyens » : exactement ce que le mémorandum de juillet 1995 avait présenté comme le risque à conjurer.

Partie IIILe temps des pogroms et des guerres (1996-2003)

1995-1997 : pogroms et Première guerre du Congo

En 1995-1996, la situation se détériore encore au Sud-Kivu : des autorités locales et des milices Mai-Mai lancent des campagnes d'expulsion contre les Banyamulenge, déclarés « non-citoyens ». Des pogroms éclatent à Uvira et à Bukavu en septembre 1996, où des dizaines de Banyamulenge sont assassinés lors de manifestations anti-étrangers. En octobre, les autorités provinciales du Sud-Kivu somment les Banyamulenge de quitter le pays sous quelques jours, sous peine d'être traités en rebelles : cet ultimatum précipite le basculement d'une partie de la communauté dans la lutte armée. Le monastère de Mokoto, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, où se sont réfugiés de nombreux Tutsi congolais, devient le théâtre d'un massacre particulièrement meurtrier. Ces attaques poussent une partie des jeunes Banyamulenge et rwandophones du Nord-Kivu à s'armer et à rejoindre l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila, soutenue par le Rwanda et l'Ouganda : la Première guerre du Congo (1996-1997) commence ainsi, en partie, comme une réaction à ces massacres et à cet ultimatum.

Mudende au Rwanda : deux massacres de réfugiés tutsi congolais en 1997

En exil au Rwanda, les Tutsi congolais du Nord-Kivu ne sont pas en sécurité pour autant. Le camp de Mudende, à Gisenyi, près de la frontière congolaise, abrite plusieurs milliers de réfugiés originaires du Masisi et de Rutshuru ; il est attaqué à deux reprises en 1997 par des groupes armés infiltrés depuis le Congo.

Le 22 août 1997, au moins 130 réfugiés, principalement des Tutsi congolais, dont des enfants, sont tués à l'aube, à la machette et au gourdin. Le bilan varie selon les sources entre 131 et 149 morts pour cette première attaque. Les 10 et 11 décembre 1997, une seconde attaque fait au moins 231 morts et 227 blessés, selon le HCR ; Amnesty International évoque de son côté environ 300 morts, possiblement plus. Le décompte effectué par les enseignants rescapés lors de l'inhumation en fosses communes fait état de 1 641 victimes ; ce décompte a été transmis au Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).

Après ces attaques, les rescapés de Mudende sont transférés dans le camp de Gihembe, à Byumba, loin de la frontière.

Les camps de réfugiés congolais au Rwanda depuis Mudende

De Mudende (1995) et Nkamira (1995) à aujourd'hui, les camps de réfugiés congolais et burundais au Rwanda se sont succédé : Mudende (1995, environ 8 000 réfugiés) → Nkamira, camp de transit (1995, à 27 km de Gisenyi) → Kiziba (1996) → Gihembe (1997, accueil des survivants de Mudende) → Nyabiheke (2005) → Kigeme (2012) → Mugombwa (2014, cinquième camp créé pour décongestionner Nkamira). Les massacres de Mudende I (22 août 1997), Mudende II (11 décembre 1997) et l'attaque de Nkamira (18 décembre 1997) marquent le point de départ de cette relocalisation des camps loin de la frontière congolaise.

Les effectifs actuels varient selon les relevés du HCR : en 2024, le HCR et les Nations unies au Rwanda faisaient état de plus de 135 000 réfugiés et demandeurs d'asile enregistrés, dont environ 60 % de nationalité congolaise, répartis à 90 % dans cinq camps. Les données opérationnelles les plus récentes du HCR font état d'environ 120 000 réfugiés et demandeurs d'asile, toujours répartis à 90 % dans cinq camps : Kiziba, Nyabiheke, Kigeme, Mugombwa et Mahama, ce dernier accueillant principalement des réfugiés burundais. Depuis 2021, plusieurs vagues de restrictions budgétaires ont conduit le Programme alimentaire mondial (PAM) et le HCR à réduire les rations alimentaires des réfugiés au Rwanda, jusqu'à 60 % lors des coupes les plus sévères, en raison de déficits de financement récurrents.

Les camps de réfugiés congolais au Rwanda depuis Mudende 1995 — 2014 · Sept camps, une frontière qui s'éloigne Mudende 1995 ~8 000 réfugiés Gisenyi, frontière RDC Nkamira 1995 Camp de transit 27 km de Gisenyi Kiziba 1996 Camp actif Gihembe 1997 Survivants de Mudende Nyabiheke 2005 Camp actif Kigeme 2012 Camp actif Mugombwa 2014 5ᵉ camp, décongestion de Nkamira 2026 → Trois attaques à l'origine de la relocalisation Mudende I — 22 août 1997 · au moins 130 morts Mudende II — 11 décembre 1997 · au moins 231 morts Nkamira — 18 décembre 1997 Aujourd'hui (données HCR) ~135 000 réfugiés enregistrés (2024), dont ~60 % congolais ~120 000 réfugiés (données les plus récentes) 5 camps actifs : Kiziba, Nyabiheke, Kigeme, Mugombwa, Mahama Sources : HCR, Nations unies au Rwanda, PAM · Infographie Tuzafrika

Infographie Tuzafrika · sources : HCR, Nations unies au Rwanda, PAM

Vue aérienne d'un camp de réfugiés congolais dans les collines du Rwanda
Camp de réfugiés congolais au Rwanda. Image sous licence (banque de photos) — à créditer selon les conditions de la licence acquise.

1998-2003 : la Deuxième guerre du Congo

La Deuxième guerre du Congo (1998-2003) multiplie les exactions. Des Tutsi congolais sont chassés et massacrés à Kinshasa, où, selon plusieurs sources, ces massacres sont chiffrés à 20 000 hommes et femmes, au Camp Kokolo, au GLM, au Palais du Marbre, au Camp CETA et à Kibomango ; d'autres corps sont jetés dans le fleuve Congo vers Kinsuka et dans la rivière de Ndjili.

Le 5 août 1998, à la base militaire de Kamina, au Katanga, plus d'un millier de jeunes recrues viennent d'achever une formation dispensée par des instructeurs tanzaniens au sein de l'école des cadets ; plusieurs centaines d'entre elles sont tutsi. Des forces restées loyales au gouvernement de Kinshasa tuent par balle, dans des hangars proches du dépôt d'armement, un nombre indéterminé de ces jeunes recrues non armées : au moins une centaine, selon le rapport Mapping de l'ONU. Des témoignages concordants font état de plus de 200 autres élèves-officiers tutsi, enfermés dans une salle et exécutés à la grenade sur ordre de la hiérarchie, tandis qu'à la base Une, un troisième groupe est entassé dans un conteneur auquel le feu est mis à l'essence.

D'autres massacres sont signalés au Katanga, à Lubumbashi, à Kisangani, à Vyura, à Kalemie et à Mbuji-Mayi, et dans d'autres villes, tandis que l'Est du pays reste le théâtre de combats et de représailles. Des villages du Masisi (Nord-Kivu) sont évacués à plusieurs reprises. Le bétail, principal bien économique des pasteurs tutsi, est systématiquement pillé ou abattu.

Partie IVGatumba, un massacre sans coupables (2004)

Une nuit d'horreur

Le 13 août 2004, l'un des épisodes les plus symboliques de cette histoire se produit hors du territoire congolais, mais touche directement les Banyamulenge. Dans la nuit du 13 au 14 août, le centre de transit de Gatumba (en commune de Mutimbuzi, province de Bujumbura rural, au Burundi, près de la frontière avec la RDC) est brutalement attaqué par un groupe important d'hommes armés. Bénéficiant de l'assistance du HCR, le camp abrite des réfugiés congolais banyamulenge ayant fui les combats de Bukavu de juin 2004.

Selon l'enquête conjointe ONUB-MONUC-HCDH, 152 réfugiés congolais des communautés tutsies du Sud-Kivu, connus sous le nom de Banyamulenge, sont tués, 106 sont blessés et 8 restent portés disparus. D'autres sources évoquent plus de 160 morts. La plupart des victimes sont des femmes et des enfants, délibérément et systématiquement tués, beaucoup brûlés vifs.

Cérémonie de commémoration du massacre de Gatumba, dépôt de gerbes devant une croix mémorielle
Cérémonie de commémoration du massacre de Gatumba. Image sous licence (banque de photos) — à créditer selon les conditions de la licence acquise.
Inhumation collective des victimes du massacre de Gatumba, août 2004
Inhumation collective des victimes du massacre de Gatumba, août 2004. Source à vérifier avant publication — image relayée par bordermail.com.au (Australie), probablement une photo d'agence (AP/Reuters/AFP) ; contacter l'agence d'origine pour licence de republication avant usage.

Une revendication disputée

L'attaque est revendiquée dès le lendemain par le Parti pour la libération du peuple hutu - Forces nationales de libération (PALIPEHUTU-FNL), le seul groupe rebelle burundais à l'avoir revendiquée. Le rapport conjoint de l'ONU conclut que le FNL a probablement participé à l'attaque, sans pouvoir déterminer précisément l'ampleur de son rôle. Les témoignages et les alliances passées laissent penser que d'autres groupes présents dans la région ont pu y jouer un rôle important : très vite, des sources évoquent une force combinant des éléments Mai-Mai congolais, des combattants rebelles rwandais Interahamwe et des membres du FNL.

L'ONU conclut que l'attaque vise manifestement les Banyamulenge et répond à des motivations ethniques et politiques.

Des mandats jamais exécutés

Des mandats d'arrêt sont émis contre Agathon Rwasa et Pasteur Habimana, mais ne sont jamais exécutés. Dix ans après les faits, Human Rights Watch réclame encore justice. Vingt-deux ans plus tard, en 2026, la communauté continue de commémorer cet événement et de réclamer justice.

Partie VLe temps long de l'impunité (2006-2025)

Depuis 2017 : la destruction des hauts plateaux

À partir de 2017, une nouvelle vague de violence s'abat sur les hauts plateaux du Sud-Kivu. Des milices Mai-Mai et d'autres groupes armés attaquent systématiquement les villages banyamulenge. Selon des témoignages et des rapports relayés par des diplomates et des chercheurs, plus de 85 % des villages banyamulenge de la zone sont détruits ou abandonnés. Des centaines de milliers de têtes de bétail sont volées ou tuées, privant la communauté de sa principale ressource économique. Des milliers de personnes trouvent la mort, certaines brûlées vives. La zone de Minembwe, devenue un symbole de résistance et de refuge, est régulièrement encerclée comme un camp de concentration. Des ultimatums d'expulsion sont lancés, des points d'eau interdits, des civils enlevés et exécutés. Des actes de cannibalisme figurent par ailleurs dans des vidéos collectées entre 2017 et 2026, conservées dans les archives de Tuzafrika et authentifiées avec le concours d'experts en vérification (analyse OSINT et forensic), puis traduites du swahili, du lingala, du mashi, du kibembe, du kifuliiru et du kinande ; en raison de leur caractère extrêmement violent, ces vidéos ne sont pas rendues publiques, mais sont citées ici comme source documentaire. Les faits qu'elles montrent sont attribués à des milices alliées aux forces gouvernementales ou aux FDLR.

Le 30 novembre 2024, l'éleveur Gakwerre Nsimbyi a été tué et plus de 200 vaches ont été abattues lors d'une attaque armée des FARDC visant des villages à majorité banyamulenge, selon des images filmées par le média tiers HO Media TV et collectées par Tuzafrika ; ce cas n'a pas pu être corroboré de manière indépendante.

Le Nord-Kivu, un cycle de violence similaire

Dans le Nord-Kivu, les villages tutsi du Masisi, comme Nturo, connaissent le même sort : évacués trois fois en trente ans, incendies, vols de bétail, massacres. Beaucoup de survivants se réfugient au Rwanda, en Ouganda ou dans des zones contrôlées par le M23, qu'ils perçoivent souvent comme leur seul protecteur.

Le 9 février 2024, dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu), un Congolais d'origine tutsi a été décapité en raison de son appartenance ethnique, un acte attribué au groupe armé APCLS (Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain), dirigé par Janvier Karairi. Tuzafrika indique détenir une vidéo originale de cet épisode ainsi que l'identité de l'auteur présumé et de la victime ; ces éléments ne sont pas publiés ici par respect pour la dignité de la victime et de sa famille, et n'ont pas été corroborés de manière indépendante. L'APCLS, actif dans le Masisi depuis 2006 sous la direction de Janvier Karairi, est documenté par les Nations unies et Human Rights Watch comme responsable d'exactions répétées contre les populations tutsi congolaises.

Au fil de cette histoire, deux formes de violence reviennent avec une régularité particulière dans les rapports des organisations de défense des droits humains : les arrestations arbitraires et les lynchages de civils tutsi et banyamulenge.

Arrestations et détentions arbitraires (1996-2025)

Le 20 août 1996, à Lemera, des paracommandos des Forces Armées Zaïroises arrêtent cinq chefs banyamulenge, dont les chefs coutumiers Kabande et Rugazura, selon Amnesty International.

À Kinshasa, la chasse aux Tutsi s'intensifie avec la Deuxième guerre du Congo. Le ministre des droits de l'homme reconnaît lui-même la détention de 800 Tutsi, la plupart au camp militaire de Kokolo, d'autres en des lieux secrets, sans visite de leur famille ni d'un avocat ; certains sont exécutés, selon Human Rights Watch. Le rapport Mapping de l'ONU documente des détentions au Palais du Marbre, au GLM, au Palais de la Nation et au CPRK, la prison de Makala : des détenus tutsi y sont exécutés par balle, puis jetés dans le fleuve avec des pierres. Amnesty International relève par ailleurs que, dès la mi-1996, des vagues d'arrestations arbitraires visent des civils tutsi de la part de la police et des soldats zaïrois, tandis que les extorsions contre les Banyamulenge deviennent monnaie courante.

Le 1er mai 2006, le Bureau II arrête trois Banyamulenge à Uvira : deux sont détenus dans la résidence du commandant de la 109e brigade, le troisième dans une cellule souterraine, dans les montagnes à l'est de la ville, rapporte Grioo.

Ces pratiques se poursuivent jusqu'à une période récente. En mai 2023, Lazare Sebitereko, membre éminent de la société civile banyamulenge, est arrêté au Sud-Kivu puis transféré à Kinshasa, où il est détenu au secret par le renseignement militaire, selon le rapport annuel 2023 d'Amnesty International. En juillet 2023, des familles tutsi et banyamulenge réclament la libération de plus de 200 hommes détenus dans des cachots et des prisons de RDC, rapporte SOS Médias Burundi. En septembre 2024, à Kindu, des Banyamulenge arrêtés illégalement sont finalement libérés, une décision saluée par l'association UNIPAD, selon Mashariki RDC. Le 19 août 2025, l'armée burundaise arrête deux jeunes Banyamulenge à Bijombo, dans le territoire d'Uvira, rapporte RNA News, qui fait également état de l'arrestation à Kinshasa d'une dizaine d'officiers généraux et supérieurs ainsi que de plus de 3 000 civils banyamulenge et rwandophones du Nord-Kivu, ciblés en raison de leur appartenance ethnique et de leur apparence physique.

Lynchages et brûlés vifs (1998-2023)

À Kinshasa, en 1998, des civils désarmés accusés de soutenir le RCD, parmi lesquels des Tutsi, sont brûlés vifs par la population, selon Amnesty International, qui recueille ce témoignage :

« C'est nous-mêmes qui avons brûlé les Tutsi. »

La même année, Yerodia Ndombasi, alors directeur de cabinet de Laurent-Désiré Kabila, compare les Tutsi à :

« Un virus, une vermine, un moustique et une ordure à écraser méthodiquement. »

Cette déclaration, selon un mémorandum de Citizenship Rights Africa, déclenche une véritable chasse aux Tutsi.

Discours de haine de responsables publics (2020-2025)

Ce type de discours ne relève pas seulement du passé. Justin Bitakwira, ancien ministre et député, qualifie les Tutsi de « race méchante » et de « criminels nés » lors d'une émission télévisée en juillet 2023 ; le Conseil supérieur de l'audiovisuel et de la communication (CSAC) l'avertit formellement pour incitation à la haine raciale, tandis que le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme (BCNUDH) et l'Union européenne condamnent ses propos. L'Union européenne le place sur sa liste de mesures restrictives individuelles pour incitation répétée à la violence et à la discrimination contre la communauté tutsi et banyamulenge ; ses propos sont également cités dans le rapport du Groupe d'experts de l'ONU sur la RDC (S/2023/990). Muhindo Nzangi, ministre d'État ayant occupé plusieurs portefeuilles successifs sous la présidence de Félix Tshisekedi, tient pour sa part un discours différent mais documenté comme dangereux par la presse congolaise et par la recherche académique : il nie publiquement l'existence même d'une ethnie tutsi ou banyamulenge en RDC, qualifiant toute affirmation contraire d'« égarement historique », un discours analysé comme contribuant à la déshumanisation des populations tutsi congolaises.

Quelques années plus tard, lors des opérations de brassage destinées à intégrer d'anciens combattants dans les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), des soldats banyamulenge et tutsi venus se présenter au centre de brassage de Kitona sont sauvagement lynchés par des unités régulières. Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) du général Laurent Nkunda dénonce alors une expédition punitive visant des candidats au brassage majoritairement rwandophones.

Une vague de violence comparable resurgit avec le M23, en 2022-2023. Le 25 novembre 2022, une foule lapide à mort un homme tutsi accusé d'espionner pour le M23 à Kitchanga ; le 1er janvier 2023, un résident tutsi est tué à Kilolirwe-Nturo, tandis que des dizaines de villageois perçus comme tutsi sont arrêtés par l'armée et accusés de collaboration, selon Human Rights Watch. Le 9 novembre 2023, le lieutenant Patrick Gisore Kabongo, 42 ans, un Munyamulenge du Sud-Kivu, est lynché par un groupe de personnes qui l'accusent d'être un combattant du M23 en raison de son apparence physique, un acte que Human Rights Watch qualifie de crime de haine.

Meurtres de soldats banyamulenge par leurs frères d'armes (2004-2013)

Le 1er juillet 2004, la Mission de l'ONU en RDC (MONUC) annonce l'ouverture d'une enquête sur des allégations d'assassinats de soldats banyamulenge de l'armée gouvernementale par d'autres militaires. Plus d'une vingtaine de soldats banyamulenge auraient été tués dans l'Est du pays par des membres de leur propre armée, notamment à Walungu, à Shabunda et au camp Sayo, à Bukavu.

Entre 2012 et 2013, des témoignages directs recueillis par Tuzafrika, auprès d'une dizaine de témoins identifiés via la communauté banyamulenge et tutsi en diaspora et recoupés entre plusieurs témoins indépendants, font état d'au moins 112 militaires d'origine banyamulenge et tutsi, issus de l'ex-CNDP intégré aux FARDC et déployés à Dungu, dans le Haut-Uélé, dans le cadre des opérations contre l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), tués en raison de leur apparence physique. Des éléments déployés à Kindu sont également menacés, et d'autres portés disparus.

Épilogue2026 : la mémoire sans la justice

Aujourd'hui, en 2026, les Banyamulenge et les Tutsi congolais continuent de vivre sous la menace. Les commémorations de Gatumba rappellent chaque année l'absence de justice. Les discours de haine, les accusations mutuelles de génocide et les manipulations politiques entretiennent le cycle de violence. Des voix s'élèvent pour demander une protection internationale, une enquête approfondie et une reconnaissance de la citoyenneté congolaise de ces communautés. D'autres nient l'existence d'une persécution systématique et accusent les groupes armés tutsi de crimes similaires.

Cette histoire longue, qui s'étend de 1960 à nos jours, montre une communauté minoritaire prise dans les tourments des guerres congolaises, des tensions ethniques régionales et des rivalités géopolitiques. Les massacres de 1965, les pogroms de 1993 et 1996, les massacres de Mudende en 1997, le carnage de Gatumba en 2004 et la destruction quasi systématique des villages depuis 2017 constituent autant de chapitres douloureux d'une tragédie qui n'est toujours pas terminée.

Chaque année, le 13 août, la communauté commémore Gatumba et réclame justice. Les mandats d'arrêt émis contre les responsables présumés du massacre n'ont toujours pas été exécutés. Ni pour Gatumba, ni pour Mudende, ni pour aucun des épisodes recensés dans cette enquête, la justice n'est venue clore le dossier. C'est peut-être la seule constante de cette histoire, depuis 1960 : le crime documenté n'y a jamais impliqué le crime jugé.

TUZAFRIKA appelle donc la communauté internationale non pas à ouvrir une nouvelle enquête, les rapports cités dans cette investigation existent déjà, en abondance, depuis six décennies, mais à transformer cette documentation en action : poursuites judiciaires devant les juridictions compétentes, sanctions ciblées contre les responsables identifiés, protection effective des populations menacées. Une question reste ouverte : pourquoi, après six décennies de documentation convergente par les Nations unies, Human Rights Watch, Amnesty International et l'Union européenne elle-même, aucune de ces mesures n'a-t-elle été mise en œuvre à la hauteur des faits établis ? Contraintes diplomatiques, manque de volonté politique, ou complaisance à l'égard des autorités congolaises : Tuzafrika pose la question sans y répondre à la place des instances internationales compétentes, et les appelle à y répondre elles-mêmes, par l'action plutôt que par le constat.

À propos de cette enquête

Tuzafrika est une organisation civique indépendante (ASBL de droit belge, fondée le 25 mai 2025 à Bruxelles), engagée notamment sur la documentation des atteintes aux droits humains et la mémoire partagée dans la région des Grands Lacs. Cette enquête a été dirigée et vérifiée par Tuza Shema, fondateur de Tuzafrika, responsable de la clôture de la vérification factuelle au 15 août 2026, date de publication. Certains éléments factuels s'appuient sur des témoignages recueillis directement par Tuzafrika, distincts des sources institutionnelles et médiatiques citées ci-dessous ; ils sont signalés comme tels dans le texte. Les allégations les plus graves rapportées dans cette enquête s'appuient également sur des vidéos collectées entre 2017 et 2026, conservées dans les archives de Tuzafrika, authentifiées avec le concours d'experts en vérification (OSINT/forensic) et traduites depuis plusieurs langues locales (swahili, lingala, mashi, kibembe, kifuliiru, kinande) ; elles ne sont pas publiées en raison de leur caractère extrêmement violent. Les sources mobilisées dans cette enquête ne sont pas de fiabilité équivalente : les rapports des Nations unies, de Human Rights Watch et d'Amnesty International reposent sur des méthodologies de vérification indépendantes et documentées, tandis que les médias régionaux et communautaires cités (Grioo, Mashariki RDC, RNA News, SOS Médias Burundi) sont utilisés pour des faits datés et localisés, sans que Tuzafrika ait pu les recouper de manière indépendante.

Les autorités et groupes mis en cause dans cette enquête (notamment le gouvernement de la République démocratique du Congo, les autorités burundaises, les milices Mai-Mai, le PALIPEHUTU-FNL et les FDLR) n'ont pas répondu à nos sollicitations dans le cadre de cette version de l'enquête.

La couverture journalistique de la situation des Banyamulenge et des Tutsi congolais s'inscrit dans un climat documenté de menaces. Le Committee to Protect Journalists (CPJ) a recensé, en juin 2026, des menaces répétées contre une journaliste de Radio Tuungane pour sa couverture du blocus de Minembwe (Sud-Kivu), imputées à des combattants Wazalendo pro-gouvernementaux. Reporters sans frontières (RSF) et Journaliste en danger (JED) ont documenté, en décembre 2025, une autocensure généralisée des journalistes dans l'Est de la RDC, aussi bien en zone gouvernementale qu'en zone contrôlée par les groupes armés. Selon Tuzafrika, sans que cette observation ait pu être vérifiée de manière indépendante, plusieurs organisations auraient par ailleurs renoncé à enquêter sur la situation des Tutsi congolais en raison de menaces émanant de services de certains pays concernés et de restrictions visant la publication de travaux sur ce sujet.

Sources